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The Model Millionnaire. A serial 3)

Aujourd’hui notre troisième et dernière livraison du charmant conte d’Oscar Wilde sur le modèle Millionnaire, qui est aussi un millionnaire modèle, dans les deux sens du mot. Le millionnaire pose pour qu’un artiste lui fasse son portrait et c’est aussi un millionnaire modèle, car il est généreux et offre dix mille livres en cadeau de mariage au héros de cette histoire, Hugh qui pourrait être un bel innocent si fallait donner une signification morale à un récit tout en légèreté qui se résume en fait au jeu de mot du dernier paragraphe jouant sur l’ambigüité du mot modèle. Le millionnaire est pris à tort pour un mendiant par Hugh jeune homme de bonne famille désargenté, qui par compassion un peu folle lui donne une pièce d’un souverain. Les apparences sont trompeuses, mais ne nous y trompons pas trop. Oscar Wilde ne voulait certainement pas élargir son propos et proclamer qu’une bonne action est toujours payée de retour. Il semblerait plutôt qu’il ait voulu se cantonner au domaine de l’art, pour l’art bien sûr. Hugh est affecté par la misère supposée du mendiant, mais il se trompe, ce qu’il a eu sous les yeux n’est que représentation, et l’auteur qui a beaucoup de sympathie pour sa beauté et pour celle de sa fiancée, s’amuse à l’embarrasser pour lui offrir à la fin la récompense inespérée d’un don providentiel. La pièce est joliment enlevée, c’est finalement une sorte de manifeste d’un dandysme tempéré par la fantaisie et l’humour.

The old beggar-man took advantage of Trevor’s absence to rest for a moment on a wooden bench that was behind him. He looked so forlorn and wretched that Hughie could not help pitying him, and felt in his pockets to see what money he had. All he could find was a sovereign and some coppers. “Poor old fellow,” he thought to himself, “he wants it more than I do, but it means no hansoms for a fortnight;” and he walked across the studio and slipped the sovereign into the beggar’s hand. The old man started, and a faint smile flitted across his withered lips. `Thank you, sir,” he said, “thank you. »

Le vieux mendiant profita de l’absence de Trevor pour se reposer un moment sur un banc de bois qui se trouvait derrière lui. Il avait l’air si triste et si misérable que Hughie ne put s’empêcher de le plaindre, et tâta ses poches pour voir ce qu’il avait d’argent sur lui. Tout ce qu’il put trouver, ce fut un souverain. « Pauvre vieux, songea-t-il, il en a plus besoin que moi, mais cela signifie que je ne prendrai pas de hansom pendant quinze jours. » Puis il traversa l’atelier et glissa la pièce d’or dans la main du mendiant. Le vieillard sursauta, et un léger sourire effleura ses lèvres flétries. « Merci, monsieur, dit-il, merci bien. »

Then Trevor arrived, and Hughie took his leave, blushing a little at what he had done.He spent the day with Laura, got a charming scolding for his extravagance, and had to walk home.
That night he strolled into the Palette Club about eleven o’clock, and found Trevor sitting by himself in the smoking-room drinking hock and seltzer.
“Well, Alan, did you get the picture finished all right?” he said, as he lit his cigarette.
“Finished and framed, my boy!” answered Trevor; “and, by the bye, you have made a conquest. That old model you saw is quite devoted to you. I had to tell him al1 about you-who you are, where you live, what your income is, what prospects you have-”

Puis Trevor arriva, et Hughie prit congé de lui, en rougissant un peu de ce qu’il avait fait. Il passa la journée avec Laura, se fit gronder d’une façon charmante à cause de sa prodigalité, et fut obligé de rentrer chez lui à pied. Ce soir-là, il entra au Palette Club vers onze heures, et trouva Trevor assis tout seul au fumoir, buvant du vin blanc à l’eau de Seltz. « Eh bien, Alan, as-tu réussi à terminer ton tableau ? dit-il en allumant sa cigarette.
Il est terminé et encadré, mon vieux ! répondit Trevor ; et, à propos, tu as fait une conquête. Ce vieux modèle que tu as vu ne jure plus que par toi. J’ai été obligé de lui parler de toi en détail, de lui dire qui tu es, où tu habites, quel est ton revenu, quels sont tes projets.

“My dear Alan,” cried Hughie, “I shall probably find him waiting for me when I go home. But of course you are only joking. Poor old wretch! I wish I could do something for him. I think it is dreadful that any one should be so miserable. I have got heaps of old clothes at home-, do you think he would care for any of’ them ? Why, his rags were falling to bits.”
“But he looks splendid in them,” said Trevor. “I wouldn’t paint him in a frock coat for anything. What you call rags I call romance. What seems poverty to you is picturesqueness to me. However, I’ll tell him of your offer.” “Alan,” said Hughie seriously, “you painters are a heartless lot.”

Mon cher Alan, s’écria Hughie, je le trouverai probablement m’attendant devant chez moi quand je rentrerai. Mais, bien entendu, tu plaisantes, tout simplement. Pauvre diable ! Je voudrais pouvoir faire quelque chose pour lui. Je trouve épouvantable que quelqu’un soit aussi misérable. J’ai des tas de vieux vêtements chez moi - crois-tu qu’il en voudrait quelques-uns ? Vrai, ses haillons tombaient en loques ! Mais ils lui donnent un air épatant, dit Trevor. Je ne voudrais, pour rien au monde, le peindre en redingote. Ce que tu appelles des haillons, moi je l’appelle romanesque. Ce qui te semble pauvreté, c’est pour moi le pittoresque. Néanmoins, je lui ferai par de ton offre. Alan, dit Hughie d’un ton sérieux, vous autres peintres, vous n’avez pas de coeur.
“An artist’s heart is his head,” replied Trevor; “and besides, our business is to realize the world as we see it, not to reform it as we know it. A chacun son métier. And now tell me how Laura is. The old model was quite interested in her.”
“You don’t mean to say you talked to him about her?” said Hughie.
“Certainly I did. He knows all about the relentless colonel, the lovely Laura, and the £ 10,000.”
“You told that old beggar all my private affairs?” cried Hughie, looking very red and angry.

Le coeur d’un artiste, c’est sa tête, répondit Trevor ; et d’ailleurs, notre rôle, c’est de comprendre le monde tel que nous le voyons, et non de le réformer tel que nous le connaissons. À chacun son métier. Et maintenant, dis-moi comment va Laura. Le vieux modèle s’est vivement intéressé à elle. Tu ne prétends pas me dire que tu lui as parlé d’elle ? dit Hughie. Mais certainement. Il connaît toute l’histoire de l’implacable colonel, de la ravissante Laura et des dix mille livres. Tu as raconté toutes mes histoires personnelles à ce vieux mendigot ? s’écria Hughie, rougissant violemment et paraissant fort en colère.

“My dear boy,” said Trevor, smiling, “that old beggar, as you call him, is one of the richest men in Europe. He could buy all London to-morrow without overdrawing his account. He bas a house in every capital, dines off gold plate, and can prevent Russia going to war when he chooses.’,
“What on earth do you mean?” exclaimed Hughie.

Mon cher, dit Trevor en souriant, ce vieux mendigot, comme tu l’appelles, est l’un des hommes les plus riches d’Europe. Il pourrait acheter tout Londres demain sans épuiser son compte en banque. Il possède une maison dans toutes les capitales, dîne dans de la vaisselle d’or, et peut empêcher quand il lui plaît la Russie d’entrer en guerre.
Que diable veux-tu dire ? s’écria Hughie.

“What I say,” said Trevor. “The old man you saw to-day in the studio was Baron Hausberg. He is a great friend of mine, buys all my pictures and that sort of thing, and gave me a commission a month ago to paint him as a beggar. Que voulez-vous? La fantaisie d’un millionnaire! and I must say he made a magnificent figure in his rags, or perhaps I should say in my rags; they are an old suit I got in Spain.”
“Baron Hausberg!” cried Hughie. “Good heavens! I gave him a sovereign!” and he sank into an armchair the picture of dismay.

Ce que je dis, dit Trevor. Le vieillard que tu as vu aujourd’hui dans l’atelier, c’était le baron Hausberg. C’est un de mes grands amis, il m’achète tous mes tableaux et tout le reste, et m’a passé commande, il y a un mois, pour que je le peigne en mendiant. Que voulez-vous ? La fantaisie d’un millionnaire… Et je dois avouer qu’il avait fière allure, avec ses haillons - ou peut-être devrais-je dire : avec mes haillons, car c’est un vieux costume que j’avais acheté en Espagne.
Le baron Hausberg ! s’écria Hughie. Tonnerre ! je lui ai donné un souverain ! » Et il s’affala dans un fauteuil, vivant portrait de la consternation.

“Gave him a sovereign!” shouted Trevor, and he burst into a roar of laughter. “My dear boy, you’11 never see it again. Son affaire c’est l’argent des autres.”
“I think you might have told me, Alan,” said Hughie sulkily, “and not have let me make such a fool of myself.” “Well, to begin with, Hughie,” said Trevor, “it never entered my mind that you went about distributing alms in that reckless way. I can understand your kissing a pretty model, but your giving a sovereign to an ugly one — by Jove, no! Besides, the fact is that I really was not at home to-day to any one; and when you came in I didn’t know whether Hausberg would like his name mentioned. You know he wasn’t in full dress.”

« Tu lui as donné une livre ! cria Trevor, qui s’esclaffa de rire. Mon cher, tu ne la reverras jamais. Son affaire, c’est l’argent des autres. Vraiment, tu aurais pu me prévenir, Alan, dit Hughie d’un ton boudeur, et m’empêcher de faire l’imbécile à ce point.
Ma foi, d’abord, Hughie, dit Trevor, il ne m’est jamais venu à l’idée que tu allais distribuant l’aumône d’une façon aussi insouciante et folle. Je comprends que tu embrasses un joli modèle, mais quant à donner une livre à un modèle laid, bigre, non ! D’ailleurs, à dire vrai, je ne recevais absolument personne aujourd’hui et, quand tu es entré, je ne savais pas si cela plairait à Hausberg que je révèle son nom. Il n’était pas en grande tenue, n’est-ce pas…

“What a duffer he must think me!” said Hughie. “Not at all. He was in the highest spirits after you left; kept chuckling to himself and rubbing his old wrinkled hands together. I couldn’t make out why he was so interested to know all about you; but I see it all now. He’ll invest your sovereign for you, Hughie, pay you the interest every six months, and have a capital story to tell after dinner.”
“I am an unlucky devil,” growled Hughie. “The best thing I can do is to go to bed; and, my dear Alan, you mustn’t tell any one. I shouldn’t dare show my face in the Row.”

Il doit me prendre pour une mazette ! Pas du tout. Il était d’une gaieté folle après ton départ ; il gloussait continuellement et frottait ses vieilles mains ridées l’une contre l’autre. Je ne parvenais pas à comprendre pourquoi il s’intéressait tellement à toi et tenait tant à être renseigné sur ton compte, mais à présent je comprends très bien. Il va faire un placement pour toi avec la livre que tu lui as donnée, il t’en paiera les intérêts tous les six mois, et il aura une histoire épatante à servir après le dîner. Je suis un pauvre diable malchanceux, grommela Hughie. Ce que j’ai de mieux à faire, c’est d’aller me coucher ; et, mon cher Alan, il ne faut raconter cela à personne. Je n’oserais plus me montrer dans le Row.

“Nonsense! It reflects the highest credit an your philanthropic spirit, Hughie. And don’t run away. Have another cigarette, and you can talk about Laura as much as you like.”
However, Hughie wouldn’t stop, but walked home, feeling very unhappy, and leaving Alan Trevor in fits of laughter.
The next morning, as he was at breakfast, the servant brought him up a card on which was written, “Monsieur Gustave Naudin, de la part de M le Baron Hausberg.” “I suppose he has come for an apology,” said Hughie to himself; and he told the servant to show the visitor up. , An old gentleman with gold spectacles and grey hair came into the room, and said, in a slight French accent, “Have I the honour of addressing Monsieur Erskine ?” Hughie bowed. “I have come from Baron Hausberg,» he continued. “The Baron-”

Jamais de la vie ! Cette histoire est tout à l’honneur de ton esprit philanthropique, Hughie. Et ne te sauve pas. Prends encore une cigarette, et tu pourras parler de Laura à coeur joie. » Malgré tout, Hughie ne voulut pas rester, et rentra chez lui à pied, se sentant fort malheureux. Il laissa Alan Trevor en proie à des accès de rire. Le lendemain matin, tandis qu’il prenait son premier déjeuner, la bonne lui apporta une carte, sur laquelle étaient écrits ces mots : « Monsieur Gustave Naudin, de la part de Monsieur le baron Hausberg ». « Il vient sans doute me demander des excuses », pensa Hughie, et il dit à la servante de faire monter le visiteur. Un vieux monsieur, avec des lunettes d’or et des cheveux gris, entra dans la pièce, puis dit avec un léger accent français : « C’est à M. Erskine que j’ai l’honneur de parler ? » Hughie s’inclina. « Je viens de la part du baron Hausberg, reprit-il. Le baron…

“I beg, sir, that you will offer him my sincerest apologies,” stammered Hughie.
“The Baron,” said the old gentleman with a smile, “has commissioned me to bring you this letter;” and he extended a sealed envelope.
On the outside was written, “A wedding present to Hugh Erskine and Laura Merton, from an old beggar,” and inside was a cheque for £ 10,000.
When they were married Alan Trevor was the best man, and the Baron made a speech at the wedding breakfast.
“Millionaire models,” remarked Alan, “are rare enough; but, by ,Jove, model millionaires are rarer still”

Je vous prie, monsieur, de vouloir bien lui présenter mes excuses les plus sincères, bégaya Hughie. Le baron, dit le vieillard avec un sourire, m’a chargé de vous remettre cette lettre. » Et il lui tendit une enveloppe cachetée. Elle portait à l’extérieur ces mots : « Cadeau de noces à Hughie Erskine et à Laura Merton, de la part d’un vieux mendiant. » Et il y avait à l’intérieur un chèque de dix mille livres. Au mariage, Alan Trevor fut garçon d’honneur, et le baron fit un discours au repas de noces. « Les modèles millionnaires, fit observer Alan, sont passablement rares ; mais, grand Dieu, les millionnaires modèles le sont encore davantage ! »

The Model Millionaire. A serial. 2)

Here is the second instalment of the Model Millionaire. There will be a third one, which will be posted at the end of April.

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One morning, as he was on his way to Holland Park, where the Mertons lived, he dropped in to see a great friend of his, Alan Trevor. Trevor was a painter. Indeed, few people escape that nowadays. But he was also an artist, and artists are rather rare. Personally he was a strange rough fellow, with a freckled face and a red ragged beard. However, when he took up the brush he was a real master, and his pictures were eagerly sought after.

Un matin, alors qu’il se dirigeait vers Holland Park, où habitaient les Merton, il entra en passant voir un de ses grands amis, Alan Trevor. Trevor était peintre. Sans doute c’est là une chose à laquelle peu de gens échappent, de nos jours. Mais il était également artiste, et les artistes sont assez rares. C’était, de sa personne, un garçon étrange et rude, au visage parsemé de taches de rousseur et portant une barbe rousse en broussaille. Néanmoins, quand il prenait le pinceau en main, c’était un maître authentique, et ses tableaux étaient fort recherchés.

He had been very much attracted by Hughie at first, it must be acknowledged, entirely on account of his personal charm. “The only people a painter should know,” he used to say, “are people who are bête and beautiful, people who are an artistic pleasure to look at and an intellectual repose to talk to. Men who are dandies and women who are darlings rule the world, at least they should do so.” However, after he got to know Hughie better, he liked him quite as much for his bright. buoyant spirits and his generous, reckless nature and had given him the permanent entrée to his studio.

Il s’était senti vivement attiré vers Hughie, d’abord, il faut le reconnaître, en raison de son charme personnel. « Les seules personnes que devrait connaître un peintre, disait-il, ce sont les gens qui sont bêtes et beaux, des gens qui sont un plaisir artistique à contempler et un repos intellectuel quand on leur parle. Les hommes qui sont des dandies et les femmes qui sont des amours mènent le monde, ou du moins ils le devraient. » Néanmoins, après qu’il eut mieux fait connaissance avec Hughie, il l’apprécia tout autant pour sa gaieté et son enjouement que pour sa nature généreuse et hardie, et il lui avait accordé l’entrée permanente de son atelier.

When Hughie came in, he found Trevor putting the finishing touches to a wonderful life-size picture of a beggar-man. The beggar himself was standing on a raised platform in a corner of the studio. He was a wizened old man, with a face like wrinkled parchment, and a most piteous expression. Over his shoulders was flung a coarse brown cloak, all tears and tatters; his thick boots were patched and cobbled, and with one hand he leant on a rough stick, while with the other he held out his battered bat for alms.

En entrant, Hughie trouva Trevor occupé à mettre la dernière main à un merveilleux portrait, grandeur nature, de mendiant. Le mendiant lui-même était debout sur une estrade surélevée, dans un coin de l’atelier. C’était un vieillard ratatiné, avec un visage pareil à un parchemin ridé, et une expression absolument pitoyable. Sur ses épaules était jeté un manteau brun grossier, tout déguenillé et en haillons, ses brodequins épais étaient rapiécés et mal réparés, et d’une main il s’appuyait sur un vulgaire bâton, tandis que de l’autre il tendait son chapeau cabossé pour demander l’aumône.
“What an amazing model!» whispered Hughie, as he shook hands with his friend.
“An amazing model?” shouted Trevor at the top of his voice; “I should think so! Such beggars as he are not to be met with every day. A trouvaille, mon cher; a living Velasquez ! My stars! what an etching Rembrandt would have made of him!”
“Poor old chap!” said Hughie, “how miserable he looks! But I suppose, to you painters, his face is his fortune?”
“Certainly,” replied Trevor, “you don’t want a beggar to look happy, do you?”
“How much does a model get for sitting?” asked Hughie, as he found himself a comfortable seat on a divan. “A shilling an hour.”
“And how much do you get for your picture, Alan?» “Oh, for this I get two thousand !”
“Pounds ?”
“Guineas. Painters, poets, and physicians always get guineas.
“Well, I think the model should have a percentage, cried Hughie, laughing; “they work quite as hard as you do.”

« Quel modèle étonnant ! murmura Hughie en serrant la main de son ami.
Un modèle étonnant ? cria Trevor à pleine voix. Pense donc ! Des mendiants comme lui, on n’en rencontre pas tous les jours. Une trouvaille, non cher ; un Vélasquez vivant ! Tudieu ! Quelle eau-forte Rembrandt en aurait faite.
Pauvre vieux ! dit Hughie ; comme il a l’air misérable ! Mais je suppose que, pour vous autres peintres, son visage constitue sa fortune ?
Certainement, répondit Trevor. Tu ne veux pas qu’un mendiant ait l’air heureux, dis !
Combien touche un modèle pour la pose ? demanda Hughie, cependant qu’il se choisissait une place confortable sur un divan.
Un shilling l’heure.
Et combien touches-tu pour ton tableau, Alan ?
Oh ! pour celui-ci, je recevrai deux mille !
Livres ?
Guinées. Les peintres, les poètes et les médecins reçoivent toujours des guinées.
Eh bien, je trouve que les modèles devraient toucher un pourcentage ! s’écria Hughie en riant ; ils travaillent bien aussi dur que vous autres.

“Nonsense, nonsense! Why, look at the trouble of laying on the paint alone, and standing all day long at one’s easel! It’s al1 very well, Hughie, for you to talk, but I assure you that there are moments when Art almost attains to the dignity of manual labour. But you mustn’t chatter; I’m very busy. Smoke a cigarette, and keep quiet.”
After some time the servant came in, and told Trevor that the frame-maker wanted to speak to him.
“Don’t run away, Hughie,” he said, as he went out, “I will be back in a moment.”

Bêtises, bêtises ! Voyons, songe donc au mal qu’il faut se donner rien que pour appliquer la peinture sur la toile - et puis on reste debout toute la journée devant son chevalet ! C’est bien facile pour toi de parler, Hughie, mais je t’assure qu’il y a des moments où l’art atteint à la dignité d’une besogne manuelle. Mais il ne faut pas jacasser ; j’ai à faire. Fume une cigarette, et tiens-toi tranquille. » Au bout de quelque temps la servante entra, et dit à Trevor que l’encadreur désirait lui parler. « Ne te sauve pas, Hughie, dit-il en sortant, je reviens tout de suite. »

The Model Millionaire. A serial. 1)

The Model Millionaire.

 

irish-w8.JPGUnless one is wealthy there is no use in being a charming fellow. Romance is the privilege of the rich, not the profession of the unemployed. The poor should be practical and prosaic. It is better to have a permanent income than to be fascinating. These are the great truths of modern life which Hughie Erskine never realized. Poor Hughie! Intellectually, we must ‘admit, he was not of much importance. He never said a brilliant or even an ill-natured thing in his life.

À moins d’être riche, il est absolument inutile d’être un garçon charmant. Le romanesque est le privilège des riches, et non la profession des chômeurs. Les pauvres doivent être pratiques et prosaïques. Il vaut mieux avoir un revenu assuré que d’être plein d’attraits. Ce sont là les grandes vérités de la vie moderne, dont Hughie Erskine ne s’était jamais rendu compte. Pauvre Hughie ! Intellectuellement, il nous faut l’avouer, il ne comptait guère.

But then he was wonderfully good-looking, with his crisp brown hair, his clearcut profile, and his grey eyes. He was as popular with men as he was with women, and he had every accomplishment except that of making money.

Mais en revanche il était merveilleusement beau garçon, avec ses cheveux bruns crêpelés, son profil bien dessiné et ses yeux gris. Il était aussi apprécié des hommes que des femmes, et il avait tous les talents, hormis celui de gagner de l’argent.

His father had bequeathed him his cavalry sword and a History of the Peninsular War in fifteen volumes. Hughie hung the first over his looking-glass, put the second on a shelf between Ruff’s Guide and Bailey’s Magazine, and lived on two hundred a year that an old aunt allowed him.

Son père lui avait légué son sabre de cavalerie et une Histoire de la guerre péninsulaire en quinze volumes. Hughie accrocha celui-là au-dessus de son miroir, plaça celle-ci sur un rayon, entre le Guide Ruff et Bailey’s Magazine, et vécut de la pension annuelle de deux cents livres que lui allouait une vieille tante.

He had tried every thing. He had gone on the Stock Exchange for six months; but what was a butterfly to do among bulls and bears ? He had been a tea-merchant for a little longer, but had soon tired of pekoe and souchong. Then he had tried selling dry sherry. That did not answer; the sherry was a little too dry. Ultimately he became nothing, a delightful, ineffectual young man with a perfect profile and no profession.

Il avait boursicoté, l’espace de six mois ; mais que pouvait faire un papillon perdu parmi des requins ? Il avait été marchand de thé en gros pendant un peu plus longtemps, mais s’était vite fatigué du pekoe et du souchong. Puis il avait tâté de la vente du xérès sec. Cela ne marcha pas ; le xérès était un peu trop sec. En fin de compte, il devint un zéro, un jeune homme charmant et inutile, avec un profil parfait et sans profession.

To make matters worse, he was in love. The girl he loved was Laura Merton, the daughter of a retired Colonel who had lost his temper and his digestion in India, and had never found either of them again. Laura adored him, and he was ready to kiss her shoe-strings. They were the handsomest couple in London, and had not a penny-piece between them. The Colonel was very fond of Hughie, but would not hear of any engagement…

Pour compliquer les choses, il était amoureux. La jeune fille qu’il aimait était Laura Merton, la fille d’un colonel en retraite qui avait rapporté des Indes un caractère irascible ainsi qu’une dyspepsie, et ne pouvait se débarrasser de l’un ni de l’autre. Laura l’adorait, et il était tout prêt à baiser les cordons de ses souliers. C’était le plus beau couple de Londres, et ils n’avaient pas, à eux deux, un sou vaillant. Le colonel aimait beaucoup Hughie, mais ne voulait pas entendre parler de fiançailles.

“Corne to me, my boy, when you have got ten thousand pounds of your own, and we will see about it,” he used to say; and Hughie looked very glum in those days, and had to go to Laura for consolation.

« Venez me trouver, mon garçon, quand vous aurez dix mille livres à vous, et nous verrons cela », disait-il ; et Hughie avait l’air bien sombre à cette époque, et était obligé d’aller trouver Laura pour qu’elle le consolât.