The Model Millionnaire. A serial 3)
Posted in: DOC>Anglais, By: admin, At: mai 6th, 2008
Aujourd’hui notre troisième et dernière livraison du charmant conte d’Oscar Wilde sur le modèle Millionnaire, qui est aussi un millionnaire modèle, dans les deux sens du mot. Le millionnaire pose pour qu’un artiste lui fasse son portrait et c’est aussi un millionnaire modèle, car il est généreux et offre dix mille livres en cadeau de mariage au héros de cette histoire, Hugh qui pourrait être un bel innocent si fallait donner une signification morale à un récit tout en légèreté qui se résume en fait au jeu de mot du dernier paragraphe jouant sur l’ambigüité du mot modèle. Le millionnaire est pris à tort pour un mendiant par Hugh jeune homme de bonne famille désargenté, qui par compassion un peu folle lui donne une pièce d’un souverain. Les apparences sont trompeuses, mais ne nous y trompons pas trop. Oscar Wilde ne voulait certainement pas élargir son propos et proclamer qu’une bonne action est toujours payée de retour. Il semblerait plutôt qu’il ait voulu se cantonner au domaine de l’art, pour l’art bien sûr. Hugh est affecté par la misère supposée du mendiant, mais il se trompe, ce qu’il a eu sous les yeux n’est que représentation, et l’auteur qui a beaucoup de sympathie pour sa beauté et pour celle de sa fiancée, s’amuse à l’embarrasser pour lui offrir à la fin la récompense inespérée d’un don providentiel. La pièce est joliment enlevée, c’est finalement une sorte de manifeste d’un dandysme tempéré par la fantaisie et l’humour.
The old beggar-man took advantage of Trevor’s absence to rest for a moment on a wooden bench that was behind him. He looked so forlorn and wretched that Hughie could not help pitying him, and felt in his pockets to see what money he had. All he could find was a sovereign and some coppers. “Poor old fellow,” he thought to himself, “he wants it more than I do, but it means no hansoms for a fortnight;” and he walked across the studio and slipped the sovereign into the beggar’s hand. The old man started, and a faint smile flitted across his withered lips. `Thank you, sir,” he said, “thank you. »
Le vieux mendiant profita de l’absence de Trevor pour se reposer un moment sur un banc de bois qui se trouvait derrière lui. Il avait l’air si triste et si misérable que Hughie ne put s’empêcher de le plaindre, et tâta ses poches pour voir ce qu’il avait d’argent sur lui. Tout ce qu’il put trouver, ce fut un souverain. « Pauvre vieux, songea-t-il, il en a plus besoin que moi, mais cela signifie que je ne prendrai pas de hansom pendant quinze jours. » Puis il traversa l’atelier et glissa la pièce d’or dans la main du mendiant. Le vieillard sursauta, et un léger sourire effleura ses lèvres flétries. « Merci, monsieur, dit-il, merci bien. »
Then Trevor arrived, and Hughie took his leave, blushing a little at what he had done.He spent the day with Laura, got a charming scolding for his extravagance, and had to walk home.
That night he strolled into the Palette Club about eleven o’clock, and found Trevor sitting by himself in the smoking-room drinking hock and seltzer.
“Well, Alan, did you get the picture finished all right?” he said, as he lit his cigarette.
“Finished and framed, my boy!” answered Trevor; “and, by the bye, you have made a conquest. That old model you saw is quite devoted to you. I had to tell him al1 about you-who you are, where you live, what your income is, what prospects you have-”
Puis Trevor arriva, et Hughie prit congé de lui, en rougissant un peu de ce qu’il avait fait. Il passa la journée avec Laura, se fit gronder d’une façon charmante à cause de sa prodigalité, et fut obligé de rentrer chez lui à pied. Ce soir-là, il entra au Palette Club vers onze heures, et trouva Trevor assis tout seul au fumoir, buvant du vin blanc à l’eau de Seltz. « Eh bien, Alan, as-tu réussi à terminer ton tableau ? dit-il en allumant sa cigarette.
Il est terminé et encadré, mon vieux ! répondit Trevor ; et, à propos, tu as fait une conquête. Ce vieux modèle que tu as vu ne jure plus que par toi. J’ai été obligé de lui parler de toi en détail, de lui dire qui tu es, où tu habites, quel est ton revenu, quels sont tes projets.
“My dear Alan,” cried Hughie, “I shall probably find him waiting for me when I go home. But of course you are only joking. Poor old wretch! I wish I could do something for him. I think it is dreadful that any one should be so miserable. I have got heaps of old clothes at home-, do you think he would care for any of’ them ? Why, his rags were falling to bits.”
“But he looks splendid in them,” said Trevor. “I wouldn’t paint him in a frock coat for anything. What you call rags I call romance. What seems poverty to you is picturesqueness to me. However, I’ll tell him of your offer.” “Alan,” said Hughie seriously, “you painters are a heartless lot.”
Mon cher Alan, s’écria Hughie, je le trouverai probablement m’attendant devant chez moi quand je rentrerai. Mais, bien entendu, tu plaisantes, tout simplement. Pauvre diable ! Je voudrais pouvoir faire quelque chose pour lui. Je trouve épouvantable que quelqu’un soit aussi misérable. J’ai des tas de vieux vêtements chez moi - crois-tu qu’il en voudrait quelques-uns ? Vrai, ses haillons tombaient en loques ! Mais ils lui donnent un air épatant, dit Trevor. Je ne voudrais, pour rien au monde, le peindre en redingote. Ce que tu appelles des haillons, moi je l’appelle romanesque. Ce qui te semble pauvreté, c’est pour moi le pittoresque. Néanmoins, je lui ferai par de ton offre. Alan, dit Hughie d’un ton sérieux, vous autres peintres, vous n’avez pas de coeur.
“An artist’s heart is his head,” replied Trevor; “and besides, our business is to realize the world as we see it, not to reform it as we know it. A chacun son métier. And now tell me how Laura is. The old model was quite interested in her.”
“You don’t mean to say you talked to him about her?” said Hughie.
“Certainly I did. He knows all about the relentless colonel, the lovely Laura, and the £ 10,000.”
“You told that old beggar all my private affairs?” cried Hughie, looking very red and angry.
Le coeur d’un artiste, c’est sa tête, répondit Trevor ; et d’ailleurs, notre rôle, c’est de comprendre le monde tel que nous le voyons, et non de le réformer tel que nous le connaissons. À chacun son métier. Et maintenant, dis-moi comment va Laura. Le vieux modèle s’est vivement intéressé à elle. Tu ne prétends pas me dire que tu lui as parlé d’elle ? dit Hughie. Mais certainement. Il connaît toute l’histoire de l’implacable colonel, de la ravissante Laura et des dix mille livres. Tu as raconté toutes mes histoires personnelles à ce vieux mendigot ? s’écria Hughie, rougissant violemment et paraissant fort en colère.
“My dear boy,” said Trevor, smiling, “that old beggar, as you call him, is one of the richest men in Europe. He could buy all London to-morrow without overdrawing his account. He bas a house in every capital, dines off gold plate, and can prevent Russia going to war when he chooses.’,
“What on earth do you mean?” exclaimed Hughie.
Mon cher, dit Trevor en souriant, ce vieux mendigot, comme tu l’appelles, est l’un des hommes les plus riches d’Europe. Il pourrait acheter tout Londres demain sans épuiser son compte en banque. Il possède une maison dans toutes les capitales, dîne dans de la vaisselle d’or, et peut empêcher quand il lui plaît la Russie d’entrer en guerre.
Que diable veux-tu dire ? s’écria Hughie.
“What I say,” said Trevor. “The old man you saw to-day in the studio was Baron Hausberg. He is a great friend of mine, buys all my pictures and that sort of thing, and gave me a commission a month ago to paint him as a beggar. Que voulez-vous? La fantaisie d’un millionnaire! and I must say he made a magnificent figure in his rags, or perhaps I should say in my rags; they are an old suit I got in Spain.”
“Baron Hausberg!” cried Hughie. “Good heavens! I gave him a sovereign!” and he sank into an armchair the picture of dismay.
Ce que je dis, dit Trevor. Le vieillard que tu as vu aujourd’hui dans l’atelier, c’était le baron Hausberg. C’est un de mes grands amis, il m’achète tous mes tableaux et tout le reste, et m’a passé commande, il y a un mois, pour que je le peigne en mendiant. Que voulez-vous ? La fantaisie d’un millionnaire… Et je dois avouer qu’il avait fière allure, avec ses haillons - ou peut-être devrais-je dire : avec mes haillons, car c’est un vieux costume que j’avais acheté en Espagne.
Le baron Hausberg ! s’écria Hughie. Tonnerre ! je lui ai donné un souverain ! » Et il s’affala dans un fauteuil, vivant portrait de la consternation.
“Gave him a sovereign!” shouted Trevor, and he burst into a roar of laughter. “My dear boy, you’11 never see it again. Son affaire c’est l’argent des autres.”
“I think you might have told me, Alan,” said Hughie sulkily, “and not have let me make such a fool of myself.” “Well, to begin with, Hughie,” said Trevor, “it never entered my mind that you went about distributing alms in that reckless way. I can understand your kissing a pretty model, but your giving a sovereign to an ugly one — by Jove, no! Besides, the fact is that I really was not at home to-day to any one; and when you came in I didn’t know whether Hausberg would like his name mentioned. You know he wasn’t in full dress.”
« Tu lui as donné une livre ! cria Trevor, qui s’esclaffa de rire. Mon cher, tu ne la reverras jamais. Son affaire, c’est l’argent des autres. Vraiment, tu aurais pu me prévenir, Alan, dit Hughie d’un ton boudeur, et m’empêcher de faire l’imbécile à ce point.
Ma foi, d’abord, Hughie, dit Trevor, il ne m’est jamais venu à l’idée que tu allais distribuant l’aumône d’une façon aussi insouciante et folle. Je comprends que tu embrasses un joli modèle, mais quant à donner une livre à un modèle laid, bigre, non ! D’ailleurs, à dire vrai, je ne recevais absolument personne aujourd’hui et, quand tu es entré, je ne savais pas si cela plairait à Hausberg que je révèle son nom. Il n’était pas en grande tenue, n’est-ce pas…
“What a duffer he must think me!” said Hughie. “Not at all. He was in the highest spirits after you left; kept chuckling to himself and rubbing his old wrinkled hands together. I couldn’t make out why he was so interested to know all about you; but I see it all now. He’ll invest your sovereign for you, Hughie, pay you the interest every six months, and have a capital story to tell after dinner.”
“I am an unlucky devil,” growled Hughie. “The best thing I can do is to go to bed; and, my dear Alan, you mustn’t tell any one. I shouldn’t dare show my face in the Row.”
Il doit me prendre pour une mazette ! Pas du tout. Il était d’une gaieté folle après ton départ ; il gloussait continuellement et frottait ses vieilles mains ridées l’une contre l’autre. Je ne parvenais pas à comprendre pourquoi il s’intéressait tellement à toi et tenait tant à être renseigné sur ton compte, mais à présent je comprends très bien. Il va faire un placement pour toi avec la livre que tu lui as donnée, il t’en paiera les intérêts tous les six mois, et il aura une histoire épatante à servir après le dîner. Je suis un pauvre diable malchanceux, grommela Hughie. Ce que j’ai de mieux à faire, c’est d’aller me coucher ; et, mon cher Alan, il ne faut raconter cela à personne. Je n’oserais plus me montrer dans le Row.
“Nonsense! It reflects the highest credit an your philanthropic spirit, Hughie. And don’t run away. Have another cigarette, and you can talk about Laura as much as you like.”
However, Hughie wouldn’t stop, but walked home, feeling very unhappy, and leaving Alan Trevor in fits of laughter.
The next morning, as he was at breakfast, the servant brought him up a card on which was written, “Monsieur Gustave Naudin, de la part de M le Baron Hausberg.” “I suppose he has come for an apology,” said Hughie to himself; and he told the servant to show the visitor up. , An old gentleman with gold spectacles and grey hair came into the room, and said, in a slight French accent, “Have I the honour of addressing Monsieur Erskine ?” Hughie bowed. “I have come from Baron Hausberg,» he continued. “The Baron-”
Jamais de la vie ! Cette histoire est tout à l’honneur de ton esprit philanthropique, Hughie. Et ne te sauve pas. Prends encore une cigarette, et tu pourras parler de Laura à coeur joie. » Malgré tout, Hughie ne voulut pas rester, et rentra chez lui à pied, se sentant fort malheureux. Il laissa Alan Trevor en proie à des accès de rire. Le lendemain matin, tandis qu’il prenait son premier déjeuner, la bonne lui apporta une carte, sur laquelle étaient écrits ces mots : « Monsieur Gustave Naudin, de la part de Monsieur le baron Hausberg ». « Il vient sans doute me demander des excuses », pensa Hughie, et il dit à la servante de faire monter le visiteur. Un vieux monsieur, avec des lunettes d’or et des cheveux gris, entra dans la pièce, puis dit avec un léger accent français : « C’est à M. Erskine que j’ai l’honneur de parler ? » Hughie s’inclina. « Je viens de la part du baron Hausberg, reprit-il. Le baron…
“I beg, sir, that you will offer him my sincerest apologies,” stammered Hughie.
“The Baron,” said the old gentleman with a smile, “has commissioned me to bring you this letter;” and he extended a sealed envelope.
On the outside was written, “A wedding present to Hugh Erskine and Laura Merton, from an old beggar,” and inside was a cheque for £ 10,000.
When they were married Alan Trevor was the best man, and the Baron made a speech at the wedding breakfast.
“Millionaire models,” remarked Alan, “are rare enough; but, by ,Jove, model millionaires are rarer still”
Je vous prie, monsieur, de vouloir bien lui présenter mes excuses les plus sincères, bégaya Hughie. Le baron, dit le vieillard avec un sourire, m’a chargé de vous remettre cette lettre. » Et il lui tendit une enveloppe cachetée. Elle portait à l’extérieur ces mots : « Cadeau de noces à Hughie Erskine et à Laura Merton, de la part d’un vieux mendiant. » Et il y avait à l’intérieur un chèque de dix mille livres. Au mariage, Alan Trevor fut garçon d’honneur, et le baron fit un discours au repas de noces. « Les modèles millionnaires, fit observer Alan, sont passablement rares ; mais, grand Dieu, les millionnaires modèles le sont encore davantage ! »